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A la fin du XVIIIe siècle,
et sans nul doute depuis fort longtemps, le peuple de Nîmes aimait
beaucoup la course à la corde ou à la bourgine. Toutes les fois qu'on
amenait aux abattoirs un taureau de Camargue (1), voire un boeuf paisible,
la foule se saisissait de l'animal et lui faisait parcourir au galop rues
et places de la ville, tandis qu'une corde le maintenait et permettait de
l'arrêter s'il devenait dangereux, d'où course folle, sauts, bousculades,
scènes comiques et joie générale, les coups de corne, les chutes et les
étalages renversés constituant le revers de la médaille.
Lors des fêtes ou cérémonies
publiques, l'on donnait de temps en temps, sur une place barrée et
entourée d'installations de fortune, des courses libres, des courses de
cocarde ou « au mannequin », parfois une ferrade. Et déjà ces
spectacles avaient leurs ennemis et leurs détracteurs. En 1778, le conseil
de ville nîmois Iui-même jugeait défavorablement, « ces courses qui
occasionnent toujours des malheurs, qui portent atteinte au bon ordre et à
la tranquillité publique, et qui sont très nuisibles au commerce et aux
manufactures, ayant toujours été proscrites par les officiers
municipaux » (2). En 1788, le Journal de Nîmes publiait également un
article hostile (3).
(1) Voir
sur l'élevage des taureaux de Camargue en 1808 un curieux mémoire de M.
Nesme Desmarets, maire d'Aiguesmortes (archives départementales du
Gard, 12 M 10).
(2)
Archives communales de Nîmes, LL 43, conseil du 24 avril 1718. Il est à
remarquer cependant que les règlements généraux de police municipale des
14 mai 1760 et 22 avril 1778 sont muets au sujet des courses de
taureaux.
(3)
François Rouvière, Lundis révolutionnaires (Nîmes 1891), page
107.
Durant la période
révolutionnaire, les pouvoirs publics s'inspirèrent de sentiments
identiques : un arrêté de l'administration centrale du Gard, en date du 20
fructidor an IV (6 septembre 1796), interdit la célébration des
fêtes locales ou « votes », et prohiba expressément les courses de
taureaux dans le département (1). Cette défense fut renouvelée le 18
fructidor an VIII (5 septembre 1800). Il est, bien difficile de savoir
jusqu'à quel point ces dispositions furent respectées.
(1) Voici
le texte de l'art. 2 de cet arrêté
« Toutes
courses ou combats de taureaux sont interdits dans tout le ressort du
département, même lors de la célébration des fêtes républicaines ordonnées
par la Loi. Il est fait défense aux propriétaires ou gardiens des dits
taureaux de les prêter pour cet usage. En cas de contravention, il est
enjoint aux municipalités de faire tirer sur les dits taureaux et de les
tuer dés qu'ils paraîtront dans l'arène, sans que les dits propriétaires
qui les auront fournis puissent réclamer aucune indemnité. »
C'est ainsi que le 19
messidor an XII (8 juillet 1804), à Nîmes, le peuple rassemblé
devant l'abattoir refusa d'obéir aux ordres des commissaires de police et
de se disperser, on bouscula quelques malheureux gendarmes, les portes
furent enfoncées, les boeufs de Camargue enlevés de force aux bouchers, et
la course « à la bourgine » se déroula par les rites avec ses
péripéties habituelles. Cinq jours après, pareil « désordre »
faillit se renouveler.
L'autorité s'émut, et le
préfet, par deux arrêtés sévères des 24 et 27 messidor (13 et 16
juillet 1804), défendit ce divertissement, qu'il déclarait «
dangereux, indigne d'un siècle et d'un peuple civilités » ; tout
attroupement devant l'abattoir serait déclaré séditieux, et dispersé au
besoin par les armes. De Paris, le 9 thermidor suivant, (28 juillet,
1804), le ministère de la police générale approuva ces dispositions. II
est il présumer que le Gouvernement impérial eut gan de cause pendant
quelques années, les documents administratifs sont muets à ce sujet
(1).
(1) Le
mémoire signalé; plus haut de M. Nesme Desmarets indique qu'en 1808
l'interdiction subsistait toujours Il semble qu'à cette époque on ait
cependant organisé des courses en Camargue (Timon l'Athénien, Des courses
et combats de taureaux dans le Midi de la France, Avignon, 1868, page
49).
Mais toute législation
contraire au vœu public ne peut durer. Un événement heureux, la naissance
du Roi de Rome (20 mars 1811), fit lever l'interdiction. Dés le 6
avril, une circulaire du ministre de l'intérieur avait recommandé aux
préfets de veiller à ce que l'on célébrât partout des fêtes solennelles,
et au besoin, pour donner à la joie publique tout son essor, de «
renouveler d'anciens usages chers aux peuples de certaines contrées
».
Le baron Rolland, préfet du
Gard, développant ce principe, écrivit très justement à tous les maires :
« Vous pouvez renouveler les anciens usages, chers aux habitants de ces
contrées, tels que la course, la lutte, les jeux des taureaux et autres
spectacles propres à donner au peuple cette gaîté qui caractérise les
habitants du Midi ».
Aussi donna-t-on â Nîmes,
les 9 et 10 juin 1811, jours désignés pour la fête, deux courses de
taureaux sur la place des Arènes, entourée de barrières et d'amphithéâtres
dressés par les soins des entrepreneurs au sud-est du monument romain. Le
succès fut très vif. Le Journal dut Gard, qui ne fournit malheureusement
aucun détail sur la nature même des courses, mentionne la présence à
chaque journée de 12 à 15000 spectateurs (n'oublions jamais que le
rédacteur était du Midi...).
Le directeur du théâtre et
des spectacles à Nîmes était, alors, depuis 1809, François Branchu. Fort
désireux sans doute de réaliser d'importants bénéfices, que la scène
s'avérait impuissante à lui procurer, il s'empressa de solliciter une
autorisation préfectorale, afin de donner des courses à Beaucaire pendant
la foire.
Le Préfet, sur l'avis du
Maire, refusa, aucune installation de fortune ne lui paraissant, assez
sûre pour éviter tout risque d'accident.
Cette question du local se
posait également, à Nîmes, où l'on manquait d'une installation permanente
pouvant donner place, en toute sécurité, à une foule considérable de
curieux. Il y avait bien l'amphithéâtre, qui avait vu peut-être aux temps
antiques des spectacles du même genre, mais l'intérieur des Arènes et les
arceaux étaient occupés et habités.
Le dégagement de ce superbe
édifice, demandé par le conseil de ville nîmois le 7 avril 1785, puis par
les Etats de Languedoc le 14 février 1786, avait été décidé par arrêt du
Conseil royal en date du 28 août 1786, les événements des années suivantes
n'avaient, pas permis la réalisation de ce projet. Il fut repris en 1807,
et, mis enfin à exécution au printemps de 1809. On démolit d'abord l'îlot
de oraisons situé à l'est de l'Esplanade, puis on fit, place nette dans
l'intérieur du monument et dans les arceaux. Ce premier travail fut
complètement achevé au début de 1813.
C'est alors que le baron
Rolland, préfet du Gard, dans une lettre au ministre de l'Intérieur datée
du 7 avril, proposa de rendre les Arènes à ce qu'il croyait, leur antique
destination, et d'y donner des courses de taureaux :
« Le goût qu'a le
public pour la course de taureaux est porté jusqu'à la fureur dans ce pays
et, nulle part il n'existe aucun emplacement aussi magnifique que celui
des Arènes. »
Il estimait qu'on pouvait,
les louer, le produit serait, affecté à la restauration du
monument.
Branchu, que l'exploitation
du théâtre laissait en sérieux déficit, s'empressa de faire parvenir, le 8
avril 1813, une pétition au préfet :
« Je désire pendant l'été
donner à la ville de Nîmes un spectacle qui de tout temps fut cher à ses
habitants et qu'on petit, appeler le spectacle du pays, la course des
taureaux. »
Le baron Rolland,
« considérant, que le
projet du sieur Branchu procurera aux habitants de la ville de Nîmes,
ainsi qu'à ceux des communes circonvoisines, un amusement pour lequel ils
ont eu dans tous les temps le goût le plus décidé, et qu'en lui permettant
aux conditions ci-après énoncées d'établir des courses de taureaux et
autres spectacles publics dans les Arènes, cette mesure sera à la fois
utile à la restauration du monument et à l'intérêt des pauvres »,
lui accorda par arrêté du 20
avril, l'autorisation de donner, du 1er mai au 30 septembre, dans
l'intérieur des Arènes, des courses de taureaux et autres spectacles, tels
que danse de corde, manège, voltige, luttes, ascensions de ballons.
En revanche, Branchu
s'engageait à payer le droit des pauvres, et à solder sur le produit, des
recettes les frais de divers travaux de restauration et d'entretien, parmi
lesquels la couverture de « l'aqueduc circulaire intérieur », et
l'achèvement, des dix-huit grilles destinées à fermer les portiques du
côté du midi.
Branchu s'associa
immédiatement avec Bastide fils et Paulhan fils. La première réunion dans
les Arènes eut lieu le dimanche 23 mai 1813, après une publicité soignée,
300 affiches avaient été placées dans les localités voisines, la veille et
le matin de la réunion, quatorze joueurs de tambourins et de galoubets,
instruments que le rédacteur du Journal du Gard appelle en style noble «
hautbois champêtres et petits tambours », avaient, selon la
coutume, parcouru la ville.
Les taureaux provenaient de
la manade Boissier, au mas d'Anglas. Il y eut, une course au mannequin et,
plusieurs courses de cocarde. Le succès fut très vif, on compta environ
8000 spectateurs, et la recette atteignit le chiffre, considérable pour
l'époque, de 5600frs pour moins de 2000frs de frais.
Branchu donna vingt
réunions, jusqu'en octobre 1813. Ses programmes comprenaient, outre les
courses de taureaux, des luttes, des exercices d'équitation, le jeu des
trois sauts, et celui du saut sur l'outre ou peau de
bouc :
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JOURNAL
DU GARD
samedi
19 juin 1813
« Le
13 juin la course des taureaux fut un peu plus amusante que la
lutte. Elle l'aurait été davantage sans les cruautés exercées contre
les taureaux les plus faibles lorsqu'ils sont, abattus, de la part
des braves dont la prudence est admirable quand l'animal ne parait
pas d'humeur à se laisser bâtonner et couper les oreilles ; elle
l'aurait été encore davantage s'il y avait en des cocardes à
enlever, mais peut-on exiger que les entrepreneurs fassent toujours
la dépense des prix !
Pouvait-on
surtout l'exiger raisonnablement dimanche dernier ?
La
recette dut être si modique, il n'y avait que douze ou quinze mille
spectateurs. Demain, pour varier le spectacle, on donnera encore la
course, des taureaux, et, rien de plus. II y aura un mannequin à
pétards pour exciter l'animal, il y aura deux bureaux à cocarde, et
un prix de 15frs pour chaque cocarde enlevée. Quelle magnificence !
(1) » |
(1)Voilà
l'article d'un journaliste que le spectacle n’avait pas emballé, ou que la
direction avait bien mal placé !
L'affluence était si grande
que, pour maintenir l'ordre et empêcher les « resquilleurs » (déjà
!) de franchir les grilles, il fallut, sur la demande de la municipalité,
organiser pour chaque réunion un service d'ordre renforcé, et installer
aux Arènes un corps de garde. Un arrêté spécial du maire, approuvé le 30
juin par le préfet, réglementa en détail la police du spectacle, l'article
7 est, particulièrement curieux :
« Il est aussi défendu
aux femmes, aux filles, aux enfants au-dessous de seize ans accomplis et
aux vieillards au-dessus de soixante ans faits d'entrer pendant la durée
des courses de taureaux dans l'enceinte de la barrière à jour qui entoure
l'arène, et à toutes personnes d'entrer pendant la durée d'un spectacle
quelconque avec des gros bâtons ou des follets dans aucune, partie du
monument ; ceux qui seront admis à entrer dans ladite barrière à jour,
pendant les courses de taureaux, pourront, y entrer avec des cannes ou
bâtons minces dits vulgairement bédigasses ».
Le 11 juillet 1813, un
Espagnol figura dans la course « à la manière des tauréadors » ; il
est regrettable que nous n'ayons pu trouver de plus amples détails sur cet
ancêtre des « toreros » modernes. Le 18, on put encore admirer
« les tours de l'Espagnol et le jeu du mannequin sur pied » :
le 15 août, la course d'un « buffle » (sic).
Le jour de la fête de
l'Empereur, la course de taureaux fut donnée gratis devant 20000
spectateurs. M. le comte Pelet, conseiller d'État, en mission dans les
départements méridionaux, y assista, et fut paraît-il, très satisfait de
la beauté du coup d’œil et de l’ordre qui régnait dans cette immense
assemblée.
La saison de 1813 fut donc,
particulièrement brillante, et le public nîmois put se déclarer heureux;
les pauvres et les hospices avaient touché pour leur part,
7200frs.
Branchu quitta Nîmes cette
même année pour aller prendre la direction du 36e arrondissement théâtral
(Landes, Basses et Hautes-Pyrénées), il fut, remplacé dans le Gard par le
sieur Juclié, qui obtint, le 23 septembre 1813, le privilège des Arènes
pour l'année 1814, moyennant un loyer de 12000frs et le versement de
20000frs pour le droit des pauvres. Mais les événements du début de
l'année, l'invasion, la chute de Napoléon, le firent, renoncer à son
traité en avril 1814. Daniel Mourier lui succéda dans ses droits, le 14
mai, pour une période s'étendant jusqu'au 31 octobre. Le chiffre de la
location était maintenu à 12000frs, mais le droit des pauvres réduit à
4000.
Les courses de taureaux
recommencèrent le dimanche 22 mai 1814. En juin, l'ordonnance rendue le 7
pour l'observation rigoureuse des dimanches et fêtes vint contrarier
l'organisation, le préfet obtint cependant de Paris de faire donner les
courses à partir de midi.
Le 25 août, jour de la Saint
Louis, fête du Roi, l'entrée fut gratuite, et le spectacle attira 20000
personnes. Mais les bénéfices généraux furent très inférieurs à ceux que
la direction Branchu avait, réalisés en 1813.
Mourier se vit obligé de
suspendre les réunions, il put obtenir une diminution du chiffre de ses
redevances, le prix du loyer fut ramené de 12000 à 8000frs, et le droit,
des pauvres de 4.000 à 3000.
En fin de saison, Monsieur,
frère du Roi le futur Charles X, honora de sa visite auguste la bonne
ville de Nîmes. On réquisitionna en toute hâte, maçons, charpentiers,
menuisiers et serruriers pour la toilette des Arènes, et le 11 octobre, à
trois heures de l'après-midi, Monsieur assista à une ferrade donnée en son
honneur clans le célèbre monument :
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JOURNAL
DU GARD
15
octobre 1814
« A
trois heures S. A. se rendit à l'amphithéâtre, vulgairement, appelé
les arènes, où l'on avait préparé un spectacle connu dans ces
contrées sous le nom de ferrade, et qui est dans le genre de ceux
qu'on donne à Madrid. II consiste en des exercices de force et,
d'adresse contre des taureaux sauvages paissant toute l'année clans
les marais de la Camargue. Des tauréadors à cheval et à pied, armés
de tridents, luttent contre ces animaux, les abattent et les
tiennent, couchés jusqu'à ce qu'ils crient été marqués sur la cuisse
avec un fer rouge, de la lettre initiale du nom du propriétaire. Cet
exercice parut amuser le Prince, mais ce qui l'intéressa davantage,
ce fut le spectacle de plus de trente mille personnes réunies dans
cette enceinte, et qui, il tous moments, faisaient éclater la joie
que causait sa présence. Nulle part sans doute on n'a pu offrir à S.
A. R. un spectacle pareil parce que mille part on ne trouve un local
aussi bien disposé ». |
En 1815, les circonstances
furent encore moins favorables aux divertissements publics. Pendant les
Cent Jours, le 28 mai, François Bastide et Alexandre Paulhan proposèrent
de louer les Arènes ; ils offraient d'habiller et d'équiper cinquante
gardes nationaux, mais demandaient que le droit des pauvres fût réduit à
50frs par réunion, le bureau de bienfaisance consulté, réclama 250frs, on
ne put s'entendre. Samary jeune donna quelques courses de taureaux en août
et septembre, le 5 de ce dernier mois, les officiers de la troupe de ligne
et de la garde nationale offrirent ce spectacle au général et aux
officiers des troupes autrichiennes d'occupation.
Ainsi donc, en dépit, des
événements, les courses de taureaux avaient reconquis droit de cité à
Nîmes. On en donna encore en 1816, puis en août et septembre 1817, et en
1818, sous la direction d'Alexis Sinbre. En 1817, le prix d'entrée était
fixé a 0,50fr !
En 1818, on vit le 23 août
une grande ferrade avec taureaux du Sauvage; le jour de la Saint Louis, la
course eut lieu au bénéfice des pauvres, avec six taureaux du Sauvage, le
6 septembre, on put assister encore à une ferrade de dix-huit bêtes. Cette
même année 1818, il fut question de construire à Beaucaire un amphithéâtre
en maçonnerie (1).
(1) En 1813
et 1814, les fermiers des baraques du Champ de Foire avaient vainement
sollicité l'autorisation de donner des courses de taureaux pendant la
foire, dans une enceinte palissadée.
En 1819, la course
traditionnelle de charité eut lieu pour la Saint-Louis. Le 13 juin, le
directeur avait fait venir un toréador espagnol, dont le succès, si l'on
en croit le .Journal du Gard, fut très médiocre :
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JOURNAL
DU GARD
16
juin 1819
«
Voltaire, consulté par un perruquier poète sur le mérite de ses
vers, lui écrivit pour toute réponse : faites des perruques.
Que de gens à qui l'on pourrait donner un semblable conseil !...
Nous pûmes, dimanche dernier, faire une double application de cet
avis salutaire. A trois heures de l'après-dînée, la foule, bravant
la poussière et le soleil, se précipite dans l'amphithéâtre, pour
assister aux exercices extraordinaires de M. Roque-Montagne, fameux
tauréador, et pensionnaire à ce titre du Roi d'Espagne. Il parait
bientôt à cheval, vêtu de soie, armé d'une pique, fait, trois sauts
et ne fait plus rien.
Le
taureau, moins par crainte que par amour de la liberté, cherche à
fuir, il franchit une muraille, et va se tapir dans un coin. Son
imprudent adversaire le suit, et présente sans défense à la corne
meurtrière les flancs du pauvre cheval qui tombe noyé dans son sang.
Notre écuyer démonté prendra-t-il sa revanche ?
II
reparaît à pied, agitant un drapeau rouge, mais il se tient toujours
à une distance respectueuse de l’animal, qu'il fait semblant de
provoquer, et s'il s'approche une seule fois, c'est, pour rouler
dans la poussière au milieu des éclats de rire de la multitude
désappointée. M. Roque-Montagne, rendez-nous notre argent, retournez
à Madrid, et faites des perruques » |
Le dimanche 22 août 1819,
pendant la course libre, un jeune taureau poursuivi parvint à monter sur
les premiers gradins de l'amphithéâtre, causant une véritable panique, qui
se termina sans accident grave, une telle surprise est impossible depuis
les travaux de restauration.
Dans la période qui suivit,
il semble bien que le goût de la population nîmoise pour les courses de
taureaux diminua légèrement, sans doute, on en donna encore chaque année,
le 9 mai 1823, par exemple Madame, Duchesse d'Angoulême, de passage à
Nîmes, vit aux Arènes une ferrade que précédèrent des danses du pays. En
1824, un arrêté du Maire de Nîmes réglementa, le 17 mai, les courses de
taureaux et autres spectacles des Arènes. Mais une certaine hostilité,
dont on retrouve la trace dans le .Journal du Gard du 8 octobre 1823 et du
28 juillet 1827, se manifesta contre ce divertissement, celui-ci manqua
aux fêtes du Roi célébrées de 1820 à 1823; on alla jusqu'à l'interdire un
moment à l'automne de cette même année 1823.
Surtout, et de plus en plus,
d'autres spectacles firent, dans les Arènes, une rude concurrence aux
courses de taureaux, en 1820, après la foire de Beaucaire, le célèbre
Franconi et sa troupe y donnèrent trois représentations ; en juin 1821,
l'écuyer anglais Ducrow y parut à son tour. En 1828, sous la direction du
sieur Belfort, un théâtre d'été, le Théâtre Olympique, consacré
spécialement à la pantomime chevaleresque et militaire, y fut dressé, où
le public put admirer des pièces à grand spectacle telles que la Mort de
Poniatowski, La Forêt noire, Sancho aux noces de Gamache,
etc...
Si nous voulions rappeler
des souvenirs plus proches de l'époque contemporaine, nous arriverions à
l'interdiction totale des courses de taureaux en 1841 (1), puis à leur
reprise en 1853, année où les Nîmois virent pour la première fois une mise
à mort à l'espagnole (2), ce fut enfin, en 1863, la venue d'El Tato, qui
ouvre la période moderne (3), mais ceci est une autre
histoire.
(1) Arrêté
préfectoral du 19 janvier 1841.
(2) A.
Pieyre, Histoire de la Ville de Nîmes depuis 1830, tome II, pages
226-227.
(3) A.
Pieyre, Histoire de la Ville de Nîmes depuis 1830, tome II, page
332.
H. CHOBAUT.
SUITE
>
Origine des Courses de Taureaux à
Nîmes de 1804 à 1820
>
Première
corrida en 1853
> Reprise des corridas dans les Arènes, les 10 et 14 mai
1863.
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